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Emotional Creatures

  • Photo du rédacteur: ZOH
    ZOH
  • 13 août 2024
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 14 août 2024

J'avoue, j'ai une relation compliquée avec Twitter et oui, je sais que cette app est toxic...





Comme à mon habitude, je scrollais sur Twitter (je refuse d’appeler cette application X, désolée Elon) et je suis tombé sur un tweet qui nous demandait si on avait vraiment écouté la chanson “Cranes in the Sky” de Solange. Je me suis dit, tu sais quoi, cela ne me fera pas de mal d’aller la réécouter pour voir, et la claque que je me suis prise. C’est de ça dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui.


2016, L'année de sortie de "A Seat at the Table". J'étais alors une autre personne, plongée dans une réalité bien différente. Une habitude que j’avais déjà à l’époque était de prendre mon temps à l’écoute d’un albums, pour ne pas trop me laisser influencer par les critiques. Je le fais toujours d’ailleurs, sauf…. pour Beyoncé. Pour Queen B, pas de patience, à minuit pile, j’appuie sur play, en bonne une membre (quoique discrète) de la Beyhive.


Pour en revenir à l'album de Solange, je l'avais écouté à sa sortie, apprécié, sans plus. "Cranes in the Sky" était passée à côté de moi. Jusqu'à ce jour où, poussée par un simple tweet, je l'ai redécouverte. Certaines œuvres ont besoin de temps, de maturité, pour révéler toute leur puissance.





Vous l’aurez compris, j’aime les chansons aux allures mélancoliques, mais ici, au-delà de la mélodie envoûtante, c’est bien la profondeur des mots de l'artiste qui m’a attrapé. Elle chante une peine immense, une lutte acharnée contre une peine qui refuse de s'effacer. Elle met des mots sur cette douleur qui nous hante, cette lutte vaine pour l'esquiver. Elle nous rappelle cette vérité crue: il faut traverser l'orage, habiter pleinement son être meme dans la souffrance, surtout dans la souffrance. L’alcool, la bouffe, le sexe, le travail, et autres activités auxquelles vous pensez à cet instant ne sont que des pansements mis sur une plaie ouverte. Toutes les émotions qui vont être soulevées, bah il va falloir les vivre.


You have to sit in it and must grow through it

J’ai toujours été une personne qui ressent énormément de choses à l’intérieur de moi . (Est-ce parce que je suis Cancer ? Peut-être). En une journée, je peux traverser une palette d'émotions si vaste qu'elle en devient parfois étourdissante. Pendant longtemps, j’étais démunie face à elles ne sachant pas comment les gérer. Du coup, je les ai réprimées, surtout celles qui étaient négatives; la colère, la douleur ou encore la tristesse, en bref, les sentiments dont parle Solange dans sa musique. Comme elle, je cherchais refuge dans la distraction, incapable d'affronter ces sentiments de plein fouet et n’ayant pas la force de leurs faire face. Je croyais les tenir à distance, mais en réalité, ils s'accumulaient, elles étaient juste écrasées quelque part à l’intérieur de ma psyché. C’était la solution de la facilité, une fuite en avant qui m'empêchait de guérir véritablement.

Mais la vie nous rattrape toujours, et j'ai fini par comprendre qu’il va bien falloir y faire face. On ne peut pas exprimer que de la joie dans ce monde, n’en déplaise à l’happycratie.





Il fut un temps où j’étais obsédée par les TedxTalks, je les dévorais. C’est ainsi que j'ai découvert Eve Ensler (Ce fut la première autrice féministe que j'ai vraiment lue, d'ailleurs). Sa voix, ses mots, ont résonné en moi comme une évidence. À la fin de son discours [NDLR: à 16:25 exactement] "Embrace your inner girl", elle a déclamé un poème, "I Am an Emotional Creature”, qui a fait voler en éclats quelque chose chez moi. Elle nous invite à écouter la jeune fille en nous tous, et surtout, accueillir nos émotions sans jugement. Quelle révolution ce fut ! Dans une société qui prône la logique et diabolise la sensibilité, c’est vrai pour les filles, mais encore plus pour les garçons qui seraient vus comme faibles.


Son message était une véritable libération : ne pas se réprimer, accepter sa part de vulnérabilité, et surtout en être fier. Moi qui avait toujours cherché à les étouffer. Je leurs cherchait constamment un refuge où les laisser aller et où je pouvais me laisser aller. Mes émotions, aussi intenses soient-elles, faisaient partie de moi, de ma richesse intérieure. Elles n'étaient pas un obstacle, mais un atout, un super pouvoir à apprivoiser. Cette permission de ressentir, d'être pleinement moi-même, aussi "con" soit-il de l'avoir attendue d'une autre, a été une étape cruciale dans mon cheminement.


La guérison, comme nous le rappelle Solange, passe par la confrontation avec nos émotions les plus douloureuses. Il faut oser plonger au cœur de la tristesse, de la peine, de la douleur, pour en comprendre les racines et les dépasser. C'est un travail difficile, mais indispensable pour guérir. Et pour cela, il faut commencer par s'autoriser à ressentir. Alors, donnons-nous cette autorisation. Cessons de nous censurer, de refouler nos larmes, notre colère, notre tristesse. Accueillons notre vulnérabilité à bras ouverts. Car c’est là que réside notre véritable force, mais surtout notre capacité à nous transformer et à guérir.


PS : “I am an emotional, devotional, incandotional creature and I love being a girl.” - Eve Ensler

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